Vie saine avec mon animal

Tuyaux et Recommandations

 
Article publié dans "Lëtz Be Healthy" - Janvier 2017
Dr Myriam Bormann, docteur en médecine vétérinaire
 

Personne n’oserait nier les effets bénéfiques que la compagnie d’un animal peut apporter à notre santé physique et psychique. Les animaux font partie intégrante de nombreuses thérapies - pour personnes handicapées, enfants en détresse, patients atteints d’un cancer ou de douleurs chroniques, ... et même parfois en soins intensifs (ex. après un infarctus du myocarde). Les propriétaires d’animaux sont moins souvent en arrêt de maladie, souffrent moins du stress que la moyenne de la population, ont moins de maladies cardiaques et une meilleure pression artérielle. Les enfants qui grandissent en compagnie d’un animal sont plus sociables, ont de meilleures compétences émotionnelles et cognitives et développent plus aisément leurs compétences verbales. Néanmoins une vie trop étroite avec un animal peut créer des risques pour la santé humaine.

 

Si vous faites partie des 60% (1) de la population qui autorisent son animal dans la chambre à coucher ou des 18-30% (1) qui les autorisent même dans le lit, vous devez être conscient que votre sommeil est accompagné d’un risque certain d’attraper des zoonoses (=maladies naturellement transmissibles de l’animal à l’homme). Si vous êtes parmi les 50% (1) qui se laissent lécher au visage par leur animal ou parmi les 45% (1) qui autorisent les chats sur le plan de travail de la cuisine, vous devez prendre connaissance des risques que vous et votre famille encourez.

 

De nos jours, embrasser nos compagnons fidèles à 4 pattes et se faire lécher n’a plus rien d’exceptionnel. C’est ainsi qu’on peut p.ex. développer des abcès ou infections compliquées de plaies, des gastrites, des infections oculaires et des otites voire même une méningite ou une septicémie à Capnocytophaga canimorsus. En acceptant les animaux dans son lit on peut être infecté avec de nombreuses bactéries qui peuvent causer des infections sévères de plaies, des abcès, des méningites ainsi que des septicémies. De manière identique on s’expose à des infections parasitaires à Toxocara, Giardia duodenalis ou Cryptos- poridium spp p.ex. qui peuvent causer des diarrhées sévères ou même des maladies plus généralisées. Même la bartonellose («cat scratch disease») peut se transmettre non seulement par griffures et morsures de chat mais également en partageant son lit avec le chat infecté. (2)

 

Voies de transmission

Il existe donc des voies de transmission multiples pour les agents zoonotiques. Ces maladies peuvent se contracter par contact direct avec un animal infecté ou par voie indirecte via un environnement contaminé (ex. plan de travail de cuisine, terre souillée...). Elles peuvent également se transmettre via des vecteurs (souvent insectes piqueurs ou tiques) ou via des aliments soit mal préparés ou mal conservés (fréquent) ou mal contrôlés (rare). Le risque lié à une zoonose se compose de «la gravité de la maladie» multipliée par «l’exposition à cet agent pathogène». Même s’il s’agit de maladies souvent graves, on peut diminuer fortement son propre risque en limitant son exposition par un comportement adapté.

 

 

Personnes plus à risque

Les personnes les plus à risque sont les «YOPI’s»: «Young, Old, Pregnant et Immunocompromised». Le système immunitaire des personnes âgées est souvent affaibli par des maladies concomitantes et celui des jeunes enfants n’est pas encore complètement développé.

 

Le groupe des «Immunosupprimés» comprend essentiellement les malades chroniques, les patients sous thérapie anti-cancérigène ou immunosuppressive ainsi que les personnes atteintes de maladies immunosuppressives telle que le SIDA p.ex. Les femmes ont également un système immunitaire altéré pendant la grossesse et certaines zoonoses sont particulièrement dangereuses pour le fœtus.

 

Mode de vie

Le mode de vie joue également un rôle important. Ainsi les jeunes enfants n’ont pas encore le sens d’une bonne hygiène, ce qui les expose plus à ces agents zoonotiques. Il suffit de se laver les mains pendant 30 secondes au savon pour éliminer l’essentiel des germes en surface.

 

La tendance croissante à garder des animaux exotiques en tant qu’animal «domestique» est un autre facteur augmentant le risque d’exposition à certains agents pathogènes. La plupart des reptiles portent sur leur peau des Salmonelles, qui, chez les humains, peuvent causer des diarrhées aiguës accompagnées de crampes abdominales sévères, de vomissements et de fièvre. Dans des cas plus graves elles peuvent causer des méningites, septicémies et arthrites.

 

Ainsi il est recommandé aux enfants < 5 ans et aux personnes immunosupprimées d’éviter tout contact avec des reptiles et de ne pas autoriser les reptiles à se déplacer librement dans toute la maison.

 

L’agritourisme

La salmonellose peut également se contracter par contact avec la volaille et leurs œufs. Il est donc également recommandé de ne pas les autoriser dans les maisons, de ne pas manger ou boire dans le poulailler, de bien se laver les mains après contact et de garder le poulailler toujours propre. Le nouveau trend de l’agritourisme constitue également un facteur de risque non négligeable, surtout si les visiteurs ne respectent pas les consignes d’hygiène qui devraient être clairement et visiblement affichées dans toutes les infrastructures agricoles accueillant des personnes de l’extérieur.

 

Les visiteurs peuvent introduire des germes zoonotiques à la ferme et vice versa, ils peuvent y contracter des zoonoses également. Citons p.ex l’infection à E.coli O157 qui peut causer des diarrhées hémorragiques voire même un syndrome «hémolytique-urémique» dangereux.

 

Ou la Fièvre Q, transmise à l’homme essentiellement par les ruminants, surtout les chèvres et les moutons, et dont le risque d’exposition est le plus élevé pendant la période d’agnelage. Chez un individu en bonne santé, elle ne cause qu’un syndrome fébrile alors que chez les YOPI’s les signes cliniques peuvent être nettement plus sévères (hépatite, pneumonie, méningoencéphalite...) et la maladie peut s’installer de manière chronique et causer des troubles cardiaques sévères (endocardites mortelles dans 23% des cas). (3)

 

Ce type de tourisme constitue donc un risque tant pour la santé animale que pour la santé humaine, s’il n’est pas pratiqué selon les règles de l’art.

 

 

Le “BARF-ing“

Un autre trend augmentant l’exposition humaine aux agents zoonotiques est le «BARF-ing» des chiens. Nourrir son chien avec de la viande crue augmente le risque qu’il s’infecte avec des parasites tels que Toxocara, Toxoplasma ou Echinococcus, ou encore avec des bactéries telles que Salmonella, E. coli ou Clostridium difficile. En préparant ce repas pour le chien, on peut contaminer le plan de travail, le frigo, la vaisselle, ses mains.... qui sont autant de sources potentielles d’infection que les selles du chien infecté souvent de manière subclinique.

 

La toxoplasmose peut toucher tout le monde, et pas seulement des propriétaires de chat et des femmes enceintes. Certes, le chat est l’hôte définitif de cette zoonose et la gravité d’une infection est particulièrement prononcée chez la femme enceinte ou plutôt chez son fœtus, mais il y a beaucoup plus de scénarios d’infection possibles. L’homme peut être infecté par contact avec un environnement souillé (jardin, bac à sable, terreau pour plantes, litière à chat...), des légumes et fruits mal lavés, ainsi que par ingestion de l’eau contaminée ou de viande mal cuite. En fonction du stade de grossesse, une primo-infection de la femme enceinte peut entraîner des malformations chez son fœtus ou même la mort fœtale. Cependant le risque est relativement bas si la femme enceinte respecte les règles suivantes: ne pas manger de viande crue et mettre des gants pour la préparation des repas, laver soigneusement tous les fruits et légumes voire les peler avant consommation, mettre des gants pour tous travaux de jardinage et le nettoyage des litières à chat, voire faire nettoyer ces dernières par une autre personne et ceci de manière quotidienne.

 

La toxocarose se transmet plus ou moins par les mêmes voies que la toxoplasmose. Elle est transmise par contact avec le même type d’environnement souillé, par ingestion de fruits et légumes mal lavés, de viande mal cuite ou encore via des mains non lavées avant le repas. Le poil des chats et chiens est souvent souillé par des œufs de Toxoplasma, invisibles à l’œil nu. Il convient donc de toujours bien se laver les mains après avoir touché un animal et de ne pas l’autoriser dans les endroits où vous préparez vos repas. Chez l’humain, Toxocara cause la maladie de la «Larva migrans». Les larves de ce parasite peuvent migrer à travers tout le corps humain et causer des symptômes à différents endroits. Ainsi il y a la forme oculaire (perte de vision, strabisme, uvéite...), la forme viscérale ( fièvre, asthme, perte de poids, myocardite...) et la forme cérébrale (épilepsie, déficits neuropsychologiques...).

 

 

Quelques règles fondamentales

Cependant il ne faut pas paniquer et devenir un obsédé de l’hygiène ou se priver du contact bienfaisant avec les animaux, mais il faut en prendre conscience et suivre quelques règles fondamentales pour limiter autant que possible l’exposition à ces agents zoonotiques (1):

 

  • Hygiène générale: lavez vos mains après contact avec un animal et avant de préparer de la nourriture; n’autorisez pas à votre animal à vous lécher le visage ni des plaies; ne nourrissez pas votre animal avec de la viande crue; interdisez l’accès à la chambre à coucher; enlevez les selles de votre chien et nettoyez les bacs à chats quotidiennement.
  • Soins aux animaux: consultez au moins 1x/an votre vétérinaire pour vérifier la santé générale de votre animal; soyez à jour avec les traitements antiparasitaires et les vaccinations de votre animal; rendez-vous chez le vétérinaire si votre animal vous paraît malade.
  • Jardin: couvrez les bacs à sable; portez des gants si vous travaillez dans la terre, n’autorisez pas votre chien à faire ses besoins dans votre jardin (ou enlevez-les rapidement).
  • Hygiène alimentaire: lavez soigneusement tous les fruits et légumes; cuisinez à cœur toute viande; n’autorisez pas les chats (et chiens) à table ni sur le plan de travail.

 

En respectant ces règles simples et en restant informé, vous pouvez mener une vie saine et sauve grâce A/ET malgré la compagnie de votre animal.

 

 

Références:


  • (1) DVM PhD Dipl ACVM P.A.M. Overgaauw, Congrès LAK 2016
  • (2) Chomel and Sun. 2011

  • (3) M.D. PhD Mediannikov Oleg, Congrès LAK 2016

  • (4) www.cdc.gov/parasites/npi/

  • Pour plus d’infos: www.callistoproject.eu

Le magazine "Lëtz Be Healthy" peut également être trouvé en ligne sur letzbehealthy.lu

 

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