Vacances à Pineto

un été ressourçant grâce à la thérapie de la lenteur

La « lenteur », voilà un mot qui avait une connotation bien négative dans mon esprit, résonnant comme un dérivé de  « paresse » ou « inefficacité ». Prendre son temps est, en effet, loin d’être une notion valorisée par notre société actuelle. Nos éducateurs nous ont souvent dit « Ce que tu es lent ! Dépêches toi ». Au travail on devine bien qu’on attend de nous d’aller vite, de réaliser les tâches en un temps record et, qui plus est, avec zéro défaut. Notre vie peut parfois ressembler à une vraie course contre la montre. Chaque geste -  marcher, s’habiller, faire sa toilette ou encore manger - s’effectue dans la hâte avec son lot de stress, de tension physique et psychologique.

Dans son livre « Eloge de la lenteur », Carl Honoré démontre les effets positifs de la lenteur. Elle amène détente et apaisement et permet d’améliorer sa vie. Sensibilisée aux méfaits du « toujours plus vite », encouragé par notre société du rendement, j’ai décidé de profiter de mes vacances d’été en Italie, à Pineto, pour faire la « thérapie de la lenteur ».

Pineto est une commune d'un peu moins de 15 000 habitants, située dans la province de Teramo, dans la région Abruzzes. La petite ville se situe à un peu plus de 200 km au sud du Rimini agité et de ses tumultes nocturnes. Au moment de la réservation des vacances, je n’étais pas extrêmement emballée par le choix de ce séjour, qui s’était en quelque sorte imposé à moi pour diverses raisons. J’allais partir en compagnie de mes parents, pour qui les vacances sont toujours synonymes de farniente dans un lieu apparemment peu animé. De plus, nous n’avions pas de voiture, limitant ainsi considérablement nos possibilités de déplacement.

Notre lieu de séjour était un petit hôtel à quelques pas de la mer, qui accueillait essentiellement de jeunes parents, venus trouver le calme avec leurs enfants en bas âge. Bref, rien de très excitant pour la curieuse que je suis, aimant découvrir des paysages, des sites et monuments exotiques, approcher de nouvelles cultures, des personnes atypiques dialoguant dans des langues incompréhensibles.

Et puis, j’ai vu les choses sous un autre angle. Je me suis mise à penser : Et si c’était exactement ce qu’il me fallait ? Et si ces vacances, ennuyantes de prime abord, étaient l’occasion d’apporter plus de douceur à mon corps, en demande de repos depuis un bon moment. Pas d’itinéraire à préparer, de visites à prévoir, ni de listes de sites à ne surtout pas manquer. J’avais juste à laisser mon corps récupérer de la frénésie annuelle : dormir aussi longtemps que souhaité, se prélasser à la plage, profiter de mes proches avec qui je manquais clairement d’échanges profonds depuis un moment. Je me suis donc laissé inspirer par le slow movement et ma motivation pour ces vacances s’en est trouvée grandie.

En pratique

Lors de ces 10 jours, j’ai entrepris de calmer mon esprit ambitieux et de ménager mon corps qui peine parfois à le suivre. Je laissais résonner en moi les mots « lenteur », « douceur » et « légèreté » comme des mantras.

J’ai commencé par marcher lentement. Ca n’a l’air de rien mais ça s’est avéré être un exercice difficile car ma « machine » corporelle semblait programmée pour presser le pas. J’ai veillé aussi à me mouvoir dans l’espace avec légèreté, à effectuer tout geste de manière la plus détendue possible. Cette attitude incluait aussi de manger lentement, de prendre tout le temps nécessaire pour bien mâcher les aliments avant de les avaler. La plupart du temps, nous ne prenons pas conscience de notre état physique, du tonus musculaire engagé dans nos actions et de la perte d’énergie que des muscles inutilement contractés occasionnent.

Au fil du temps, j’ai ressenti que je m’ajustais enfin à mon rythme naturel et je m’apaisais. Il faut dire que j’ai été agréablement surprise par le charme et la tranquilité de ce lieu de vacances, encadré de collines verdoyantes. Non seulement la plage était très belle et propre avec des eaux limpides mais elle était bordée d’une forêt de pins qui lui donnait un air sauvage idyllique. 

La plage en pleine conscience

Chaque jour, je traversais le bois de pin ombragé, qui a donné son nom à la ville, pour me rendre à la plage. Pour parcourir les quelque 500 mètres qui séparaient l’hôtel de la mer, je mettais deux fois plus de temps que d’ordinaire. Et c’était parfait comme ça. A vrai dire, je ne faisais pas que me déplacer d’un point A à un point B. Tout en sentant mon corps se mouvoir dans l’espace, je prenais le temps d’observer les éléments qui étaient sur mon chemin. Je m’attardais sur des détails que je n’aurais pas remarqués dans mon état d’esprit quotidien. Quand j’arrivais à la pinède, je ralentissais encore le pas pour contempler et toucher les arbres de pin et pour m’imprégner de cette odeur relaxante.

Sur la page, mon transat m’attendait. Je ne compte pas le temps que j’y ai passé à prendre un bain de soleil, bercée par le bruit des vagues. Quand je n’étais pas plongée dans mon livre, je me laissais aller à la rêverie. J’avoue que la bougeotte me reprenait souvent tel un appel instinctif déguisé en diablotin moralisateur : « Passer ta journée à flemmarder sur un transat…quelle paresseuse ! » Si la culpabilité a pu me gagner au début, j’ai vite appuyé sur la touche off de l’interrupteur.

D’ailleurs, je me suis activée mais toujours dans la lenteur. Je prenais un énorme plaisir à parcourir chaque matin 4 km au bord de l’eau. Marcher pour le plaisir de marcher. Le seul but étant de ressentir mon corps au contact de la nature. J’étais pleinement présente à mes pas, à la sensation de la peau, caressée par la douceur du sable et au contact de l’eau tiède de la mer Adriatique. Je ressentais le vent sur mes cheveux, j’étais à l’écoute des sons environnants.

Il m’arrivait de participer à des séances de gymnastique sur la plage, organisées en fin de matinée. Je pratiquais les exercices de manière douce dans le respect des limites de mon corps. Je ne cherchais pas la performance et encore moins le travail musculaire ou l’élimination de calories, juste les sensations agréables du mouvement, des étirements et du souffle qui traversait mon corps. J’ai compris à quel point réaliser une activité qui nous plaît, sans attente particulière d’un résultat, était jouissif. 

 

La sieste assumée

Mon corps me réclame souvent une sieste après le déjeuner. Si je dois constamment la lui refuser, à Pineto, elle s’est imposée tous les jours.

Après le repas de midi, nous montions dans nos chambres pour nous reposer avant de retourner à la plage. « Ce n’est pas bien. Tu devrais profiter du soleil. Et si tu allais plutôt marcher pour éliminer les calories ! » Cette voix emplie de jugement me poursuivait visiblement mais elle perdait vite de son poids durant ces vacances. La fatigue me gagnait très vite. Je laissais ce corps, exténué des nombreux moments de repos refusés, prendre le dessus sur mon mental. Et ça m’a fait tant de bien !

La balade touristique à vélo

C’est en petit groupe, guidé par le patron de l’hôtel, que nous avons entrepris de faire une promenade à vélo le long de la piste cyclable pour aller visiter le principal emblême de Pineto, la Torre di Cerano. Il s’agit de l’une des dernières tours d’observation construites sur la côté en l’an 1500 pour protéger le territoire. Elle se situe dans une réserve naturelle protégée. Après avoir traversé le bois de pins, nous sommes arrivés jusqu’au jardin entourant la tour. Nous avons pu admirer la faune et la flore de ce site, accompagnés par les commentaires du patron de l’hotel, juste avant de visiter la tour et de contempler la magnifique vue sur la plage, d’un côté, et sur la montagne, de l’autre. Ce fut un beau moment expérimenté avec toute ma sensorialité !

 

Les aliments longuement mâchés

La manière dont nous mangeons est surement aussi importante que le contenu de notre assiette. J’en suis consciente depuis longtemps mais je ne réussis pas toujours à consacrer au repas le temps qu’il mérite. La « to do list »  défile dans ma tête me poussant à enfourcher au plus vite les aliments.

Pendant mon séjour, manger lentement et surtout permettre aux dents de faire correctement leur travail de décomposition des aliments, a été une des mes priorités. J’ai l’impression que mâcher longuement la nourriture est devenu peu naturel pour beaucoup d’entre nous. La mastication en conscience permet d’être dans l’observation des goûts, dans l’accueil des sensations, dans l’appréciation de toutes les saveurs et des odeurs. J’étais pleinement présente à l’acte de manger limitant ainsi considérablement le bavardage mental.

Un autre effet positif de cette attitude est qu’on mange moins. En effet, il faut 15 à 20 minutes après le début de la mastication pour que le message de satiété soit transmis au cerveau et lui commande d’arrêter de manger. Si nous ingérons trop vite la nourriture, nous risquons d’avoir déjà trop mangé dans les 5 à 10 minutes sans même avoir encore la sensation de satiété.

La santé est une valeur importante pour moi. J’accorde donc une attention particulière à avoir une  alimentation saine au quotidien. En Italie, pays de la bonne cuisine, je me suis évidemment laissé tenter par des parts de pizza et autres desserts alléchants, exclus de mon mode alimentaire de tous les jours de type pegan, mais toujours avec cette intention de présence et de lenteur. Cela m’a permis de mieux apprécier chaque bouchée et de me tenir à des portions très raisonnables, limitant ainsi les désordres physiologiques.

Le bilan

Au bout des 10 jours, je sentais un véritable apaisement dans un corps bien plus léger et relâché. Evidemment le retour à la dure réalité m’a imposé d’appuyer à nouveau un peu plus sur l’accélérateur car dans notre société où « le temps c’est de l’argent », vivre suivant notre rythme biologique est impossible.  Le stress, l’anxiété, les troubles du sommeil et la dépression sont peut-être quelques-uns des symptômes de cet éloignement de notre état naturel.

La période était évidemment trop courte pour valoir de « thérapie ». D’après les spécialistes en développement personnel, une période entre 21 à 100 jours est nécessaire pour instaurer de nouveaux automatismes et des habitudes de vie durables. Ce fut cependant une belle mise en jambe et, actuellement, bien immergée à nouveau dans la réalité de la vitesse, je tente au mieux d’instaurer cet état dans mon quotidien. Ceci dit, j’ai balayé une bonne fois pour toutes mes idées reçues associant la patience et la lenteur à la paresse et à la faiblesse. Nous sommes des êtres faillibles et imparfaits. C’est ça être humain !

Que ce soit en vacances - pourquoi pas à Pineto - ou bien au Luxembourg, je vous invite à créer une bulle autour de vous pour vous protéger du milieu frénétique, dans lequel vous évoluez sans doute (surtout en cette rentrée) et de tenter l’expérience de la lenteur. Votre corps et votre esprit vous en remercieront !

 

About the author

Rachel Vieira Gomes

J’ai fait des études en communication en France avec l’ambition de devenir journaliste. Mon cursus m’a finalement mené vers une spécialisation dans la communication des entreprises. La passion pour l’écriture de textes m’est cependant toujours très chère à laquelle j'allie mon intérêt pour des thèmes de bien-être et de développement personnel, des médecines alternatives et de la nutrition saine. Aujourd'hui, je suis aussi sophrologue certifiée et je pratique le yoga depuis quelques années déjà. Mon but est d’aider les personnes à se détendre et à retrouver leur équilibre.