Don d'organes

L'espoir d'une nouvelle vie

Article publié dans "Lëtz Be Healthy" - Octobre 2017 
 
Écrit par Céline Buldgen 

 

La majorité des patients insuffisants rénaux souhaitent bénéficier d’une transplantation rénale qui les libèrerait de l’astreinte de la dialyse. A travers cet article, le Pr Dr Claude Braun, néphrologue et président de Luxembourg-Transplant, et Fabienne Reslinger, coordinatrice de greffe à la Clinique de suivi de transplantation rénale des Hôpitaux Robert Schuman (HRS) apportent des informations variées sur le don d’organes, les modalités pratiques d’inscription sur la liste de greffes, le bilan pré greffe

Où se faire greffer ?

Il faut savoir qu’aucune transplantation d’organes n’est réalisée au Luxembourg. Les patients qui doivent bénéficier d’une greffe d’organes (rein, foie, coeur, poumon,…) devront être pris en charge dans des centres de transplantation en Belgique, en Allemagne ou en France.

Qui coordonne les transplantations ?

Situé aux Pays-Bas, Eurotransplant assure la répartition et l’attribution des greffons pour la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Slovénie et la Croatie. Tous les patients en attente d’un organe dans l’un de ces pays sont inscrits sur une liste d’attente commune gérée par Eurotransplant.

Bilan pré greffe

Lors du bilan pré greffe, le patient devra passer une batterie d’examens médicaux (cardiologique, radiographique, pneumologique,…) afin de s’assurer qu’il ne présente aucune contre-indication à la transplantation.

Les contre-indications absolues sont: 

• l’existence ou la découverte d’un cancer,

• certaines maladies infectieuses non traitées,

• des troubles psychiatriques aigus ou non traités qui empêcheraient le patient de prendre correctement son traitement immunosuppresseur.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, être sidéen ne vous empêchera pas de bénéficier d’une greffe d’organe. «Tout dépend du stade de la maladie et des modalités thérapeutiques. Si le patient est bien géré médicalement, il peut être greffé. La combinaison des immunosuppresseurs et des antirétroviraux est lourde mais elle fonctionne très bien.», note le Pr Dr Braun. En principe, il n’y a pas d’âge biologique limite pour le receveur.

Photo: Anouk Antony

S’inscrire en liste d’attente

A l’issue du bilan pré greffe, le patient est inscrit sur la liste d’attente d’Eurotransplant. Cette inscription est indispensable pour recevoir une greffe, y compris une greffe à partir d’un donneur vivant. Lors de la phase d’attente, les personnes souffrant d’insuffisance rénale chronique sont obligées d’être sous dialyse. Pour ne pas les pénaliser, Eurotransplant a décidé d’instaurer un système d’allocation établi selon différents critères, et qui prend en compte le temps d’attente pour chaque candidat à la greffe. Vu que le temps d’attente d’un rein commence dès le premier jour de mise en dialyse, elles auront la possibilité d’être greffées un jour. Une fois inscrit en liste d’attente, le patient continue à être suivi médicalement de très près par les équipes médicales, et notamment par l’infirmière coordinatrice de greffe. 
«Il n’est pas rare qu’une maladie se déclare chez un patient lors de la période d’attente, et celle-ci doit être traitée avant d’envisager la transplantation. Dans ce cas, le patient sera mis en contre-indication temporaire. Certains patients se verront retirés complètement leur droit de greffe car leur état de santé ne leur permettra plus d’être transplantés. Pour les plus chanceux, l’inscription pourra être réactivée.»,précise Fabienne Reslinger.

La qualité fonctionnelle des greffons prélevés se dégrade au fur et à mesure que les donneurs avancent en âge. Ainsi, le programme Eurotransplant Senior régit l’attribution des organes prélevés chez les donneurs âgés de plus de 65 ans. Ceux-ci sont proposés aux receveurs de plus de 65 ans.

La greffe de rein par donneur vivant

La greffe de rein à partir d’un donneur vivant offre au receveur une meilleure qualité de vie et de survie. De plus, la durée d’attente pour recevoir l’organe est normalement plus courte si le donneur est compatible et en excellente santé. Le donneur vivant peut tout à fait vivre normalement avec un seul rein. On observe une hypertrophie compensatoire du rein restant, c’est-à-dire qu’il va grossir pour pouvoir assurer pleinement sa fonction d’épuration. Un suivi médical sera toutefois instauré pour évaluer la fonction rénale du donneur et surveiller sa tension artérielle. «Cette démarche doit être volontaire et mûrement réfléchie.», insiste le Pr Dr Braun. « On soumet le donneur à une intervention lourde (néphrectomie) sous anesthésie générale. Qui dit opération chirurgicale, dit risques de complications (infection, thrombose, hémorragie,…). Or, le risque n’est jamais nul. D’autant plus que cette chirurgie n’a finalement aucun sens physiologiquement pour le donneur. », rappelle-t-il.

Photo: www.luxtransplant.lu

Suivi post greffe

Au cours des 6 premiers mois après la sortie de l’hôpital,le patient peut être confronté à des risques inhérentsà la transplantation. Les équipes médicales du centre de greffe réaliseront un suivi étroit du patient qui devrapasser des visites médicales et des examens 2 fois/semaine au cours du premier mois. Le risque de rejet du greffon concerne tous les patients transplantés. «Il existe 10 à 15 % de risque de rejet du greffon au cours des 6 premiers mois. Heureusement, les traitements immunosuppresseurs qui réduisent les risques de rejet sont de plus en plus efficaces.», explique le Pr Dr Braun. «A contrario, ces traitements « paralysent » le système immunitaire du patient transplanté qui sera par conséquent plus à risque d’infections (souvent très peu communes et plutôt rares) et plus enclin à développer des néoplasies après la greffe. Ces cancers sont majoritairement des cancers cutanés. C’est pourquoi nous recommandons vivement à nos patients greffés de réaliser un bilan annuel chez un dermatologue.», ajoute le Pr Dr Braun.

La fonction rénale du patient greffé continuera à faire l’objet d’une attention particulière, tandis que des mesures hygiéno-diététiques lui seront recommandées.

Don d’organes: parlez-en !

Le nombre de patients inscrits sur la liste d’attente augmente chaque année, et des personnes perdent la vie, faute de recevoir un organe à temps. Depuis 1982, le prélèvement d’organe est autorisé légalement dans notre pays sauf si la personne décédée a exprimé son refus. Mais dans la pratique, les équipes médicales s’assurent toujours de l’avis de la famille, et préfèrent ne pas aller à l’encontre de la décision des proches en cas de refus. «Personne n’est à l’abri de devoir un jour subir une greffe pour survivre. Le don d’organe est un geste individuel, volontaire et solidaire. Il faut vraiment que les gens prennent conscience de la nécessité de parler ouvertement du don d’organes de leur vivant. Seule une minorité de la population porte sa carte de donneur d’organes, appelée «passeport de vie». L’expression de votre volonté de donner ou non vos organes facilitera le travail du coordinateur de greffe après votre décès et soulagera, en cas de décès inopiné, vos proches d’une lourde charge émotionnelle dans une situation difficile.», explique Fabienne Reslinger. Le futur Dossier de Soins Partagés (DSP), conçu par l’agence E-santé en collaboration avec le ministère de la Santé, comportera une fonctionnalité qui permettra à chaque patient de stipuler sa volonté d’être ou non donneur d’organes. En cas de refus, cette fonctionnalité sera activée. A défaut, elle ne sera pas activée et vous serez considéré comme un donneur potentiel. Le DSP sera accessible à tout moment par les équipes médicales et les équipes de coordination de greffe. Cette fonctionnalité représente dès lors un passeport de vie virtuel, consultable en temps réel. Une autre manière de faciliter le travail des équipes de coordination de greffe et permettre au patient de  prendre la responsabilité dece geste solidaire. 

 

 

 

 

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