Exposition photographique "RECRIAR" - Fábrica Braço de Prata Lisboa

Les Portugais du Luxembourg à Lisbonne

Le 7 juin a eu lieu à la Fábrica Braço de Prata (Lisbonne) l'inauguration de l'exposition « RECRIAR », avec des photos de Jessica Theis, Bruno Oliveira, Sven Becker et Paulo Lobo.
L'exposition est axée sur le thème des Portugais du Luxembourg, chaque photographe ayant choisi son angle d'approche - sphère privée, intimiste, pour Jessica et Bruno; plus ouvertement espace public pour Sven et Paulo.

Recriar restera visible jusqu'au 30 juin dans cet espace au charme très particulier, « le lieu culturel le plus cool et illégal de Lisbonne » selon le site lisboacool.com, en fait une ancienne fabrique de matériel militaire squattée dès 2007 par un petit groupe d'intellectuels qui l'ont gardée inchangée, très brute, âpre et rugueuse. La structure est aujourd'hui l'un des endroits les plus branchés, libres et dynamiques de la capitale lusitanienne. On peut y voir des expositions, assister à des concerts de musique dans les styles les plus variés, boire et manger dans un bar sympa, fréquenter une magnifique librairie, admirer une architecture de caractère ... L'endroit est libre d'accès, les concerts sont de qualité, les expos toujours originales et la faune qui fréquente les lieux est bigarrée à souhait, à la fois lisboète et internationale, jeune et âgée, alternative et conservatrice... Une poésie incroyable émane des lieux, une poésie faite de nostalgie, d'intelligence et de liberté, d'idées vagabondes et de nuits passées à refaire le monde...


C'est dans ce cadre extraordinaire que la jeune curatrice Atena Abrahimia a placé l'exposition Recriar.


En réalité, c'est Atena qui a porté à bout de bras ce projet sur les Portugais du Luxembourg. Etablie à Lisbonne depuis deux ans, elle effectue un Master en gestion culturelle à l'Universidade Católica, et c'est dans ce contexte que la jeune Luxembourgeoise d'origine iranienne a élaboré l'exposition. Elle a invité les quatre photographes à porter un regard sur la communauté portugaise, si présente au Grand-Duché mais dont la perception au Portugal reste imprégnée de clichés et fantasmes.
Les photographes n'ont pas voulu faire oeuvre d'analyse sociologique ou de document scientifique, leur démarche est avant tout artistique et leurs séries proposent une vision forcément subjective et fragmentaire des "Portugais du Luxembourg". Voulant garder la porte ouverte à leurs images, la curatrice et les auteurs ont choisi de ne leur donner aucun titre ou commentaire explicatif. A chaque visiteur d'y lire ce que l'image voudra bien lui donner.


Pas de légendes pour les photos individuelles donc, mais des panneaux résumant la biographie et la démarche de chaque photographe.


Avec ses images d'un noir et blanc époustouflant, extrêmement fortes et expressives, Sven Becker nous plonge au coeur de la liesse populaire qui a suivi la victoire du Portugal au Championnat d'Europe de football en 2016. La série « Campeão » montre la joie extatique et les corps exultants, entre ferveur religieuse et état de siège, sur un territoire conquis par des hordes de fans.


A l'opposé de ces ambiances nocturnes et presque sauvages, voici l'univers tout en délicatesse de Bruno Oliveira, qui rentre dans la sphère privée des gens et nous fait ressentir la « Portugalité » des êtres dans leurs habitations. Placées sous le titre « Saudade », les photographies de Bruno portent en elles une simplicité et une émotion à fleur de peau tout à fait confondantes. Le moment suspendu dans le temps nous invite à observer avec amour des personnes qui n'ont pas de masque, qui sont elles-mêmes, véritablement et purement elles-mêmes.

Dans cette même veine intimiste, Jessica Theis se concentre, avec sa série « Lescht Station: Hoffnung », sur le quotidien de deux familles qui ont émigré au Luxembourg dans la foulée de la crise de 2008. Optant pour une technique expérimentale et poétique, Jessica fait de ses photos des sortes d'autoportraits, semblant se poser la question : "qu'aurais-je fait à leur place ?". On est ici dans la petite musique des sentiments, des images gracieuses et légères comme des bulles de respiration.

Enfin, avec sa série « Coração de aço », présentée en forme de patchwork, Paulo Lobo déploie un regard panoramique sur les Portugais habitant à Differdange, portraits posés ou sur le vif, des plus jeunes aux plus anciens, scènes de rues et de cafés, le tout capté dans le cadre post-industriel de la 3e plus grande ville du Luxembourg. Qui sont-ils, d'où viennent-ils, que font-ils, pas d'indications précises, ce qui compte ce sont les gestes et les regards, la conscience du chemin parcouru et l'enracinement progressif.


L'exposition "Recriar" est installée dans une salle de forme carrée, chaque mur accueillant une série. Cette scénographie resserrée fait que, loin de fonctionner en vase clos, les images des photographes sont mises en dialogue les unes avec les autres, suscitant d'intéressants jeux de miroirs et de réflexions. Offrant au final une vision kaléidoscopique, absolument pas dogmatique, de la soi-disante "communauté portugaise", que l'on ne peut pas enfermer dans des stéréotypes et des catégories définitives.
 

Alors, si vous habitez à Lisbonne ou ses alentours, ou si vous y êtes de passage jusqu'au 30 juin, allez découvrir cette exposition « Recriar » et la merveilleuse Fábrica Braço de Prata.
 

About the author

Paulo Lobo

Paulo Lobo est né au Portugal, à Baixa da Banheira, en 1964. A l’âge de six ans, ses parents émigrent au Luxembourg. Très jeune, il se passionne pour la photographie et se forme à cet art en tant qu’autodidacte. Depuis 2007, il est rédacteur en chef et photographe pour le magazine Wunnen. En parallèle, il a réalisé plusieurs expositions individuelles et collectives. Depuis 2005, Paulo Lobo tient également un blog intitulé «Voyages en suspens», avec des écrits divers sur la culture, la photographie, le cinéma.