Carmen Ledesma au 12e Flamenco Festival

Carmen Ledesma: : l'ouragan de feu qui a clôturé le Flamenco Festival Esch

Le 12e Flamenco Festival de Esch s'est achevé hier soir en toute beauté. Une véritable tornade de feu s'est abattue sur la scène de la Kulturfabrik, devant une salle archi-comble et en état d'éblouissement (pâmoison ?)... Je veux parler, bien entendu, de Carmen Ledesma, danseuse d'origine gitane, et de son spectacle "Con sentío". Carmen Ledesma est une véritable légende du flamenco, une diva, une légende. De celles qui ont côtoyé d'autres légendes. De celles pour qui le flamenco, ça se prend au sérieux, il n'a pas besoin de filtres ni d'artifices ni de dilutions. Il transcende les époques et les modes, et sa pureté est un legs à transmettre aux générations suivantes.

 

Carmen Ledesma est une artiste immense, mais aussi un être de passion et de sincérité.

 

On m'avait prévenu : cela va être "violent", tu verras, on aura droit au flamenco le plus pur, celui qui est à l'origine de tout, celui qui est sans concessions, direct et brut de décoffrage.

 

 

Promesse tenue et même décuplée ! Comment dire - ce fut mémorable intense fébrile brûlant époustouflant les adjectifs ne suffisent pas, il faut le voir et le sentir, pas possible de vous expliquer, il faut le voir pour le croire. 

  • Les danseurs Carmen Ledesma, Myriam Vaquero et Pol Vaquero.
  • Au chant : Mari Peña et José Mendez
  • À la guitare : Antonio Moyá

 

Violent oui, mais aussi magnifiquement beau sublime et poétique. J'avais l'impression de me trouver au point le plus haut sur la falaise, de voir venir à moi l'ouragan, le prendre en pleine figure, l'empoigner, le secouer, sentir la vague me submerger, me dire la vie est belle et la mort ne me fait pas peur... sublime magnifique le rythme le silence l'explosion le chant déchiré déchirant mais d'où sortent-ils cette voix comment trouvent-ils cette puissance ce souffle ? 

 

Le responsable des lumières me commentait en fin de spectacle : ils font ce qu'ils veulent sur scène les lumières ont été planifiées mais ils vont où ils ont envie de respirer. Où la vibration du moment leur dit de se poser. Pendant la représentation je me disais "spectacle total" le son, la lumière, la danse, la guitare, la solennité d'une réunion funèbre puis l'exubérance d'une fête de village; la jalousie, la haine, l'amour, la trahison, la jeunesse qui défie la sagesse, qui défie la jeunesse. La roue de la vie, tu me suis je te donne tu me portes tu m'enterres tu me poursuis, tu me prolonges, tu me ressuscites. Les artistes du flamenco se dévoilent, tapent des pieds, tapent sur la table, se cognent, s'affrontent, se toisent, se remettent entièrement dans les cœurs du public. A prendre ou à laisser.

 

Hier soir, le public a pris. A la fin, tout le monde debout, tout le monde clamait et acclamait, il ne pouvait en être autrement, Carmen Ledesma et sa troupe avaient emmené la scène à un point d'incandescence tel que nous avions tous le thermomètre intérieur qui explosait. De joie, d'euphorie, de bonheur. Clap de fin. Les lumières s'éteignent, les artistes sont repartis. 

 

 

Le Flamenco Festival Esch, je peux vous en parler maintenant, ou plus tard. Peut-être plus tard, tiens, parce que là maintenant c'est un peu tard, on est dimanche soir, et je sens une certaine fatigue poindre en moi... Laissez-moi juste vous dire deux ou trois choses. D'abord que cette édition 12e a été encore plus spéciale pour moi que les années précédentes. Les organisateurs - le Circulo Antonio Machado et la Kulturfabrik - m'ont invité à animer un workshop de trois jours consacré à la photographie. Le rêve. Neuf participants, niveaux mélangés, motivation et inspiration partagées. L'esprit du collectif. Apprendre et échanger, se poser des questions et entraîner le regard. On était bien, c'était chouette.

 

Petit message envoyé aux amis du Circulo Machado ce matin: 

Bonjour! Vous devez être rayonnants après une nouvelle nuit étirée jusqu'à l'aube! Quel magnifique final hier! Mes parents étaient enchantés! 

Je veux vous remercier de m'avoir donné à vivre ce workshop unique dans un lieu unique que j'adore et avec des gens que j'adore! En plus, les élèves étaient superbes, talentueux et ouverts! En plus, j'ai même appris des choses avec eux! Merci, merci! Ce sera un chapitre inoublidable pour moi.

Et je comprends mieux encore pourquoi le miracle de ce festival: c'est vous, le circulo Machado, avec votre humanité et passion, + l'équipe de la Kufa : créative, exigeante, dévouée, amicale + des artistes de la trempe de ceux que j'ai vus, inspirés, bouleversants, virtuoses, et aussi humbles et accessibles (quel bonheur pour moi d'avoir interviewé Rocío et Jeromo!).

Bravo, vous tous ensemble, non seulement vous défendez et révélez un art immense, mais vous donnez aussi de purs instants de bonheur au monde!

 

U N Q U O T E

Oui, oui, j'ai eu le bonheur d'interviewer Rocío Márquez et Jeromo Segura, qui nous ont enchantés vendredi soir avec "Cerca de la Orilla". Que du bonheur, vous dis-je! Les interviews, je vous les livrerai bientôt, ainsi que les images les plus sensibles de ce festival.

 

Un regret: depuis ce matin, grâce à la recommandation de Paca, j'écoute l'album de Paco del Pozo "En este momento" - d'une pureté étincelante - et je suis triste de ne pas avoir pu assister à son concert jeudi dernier.

Photos: Carmes Ledesma, une légende du flamenco est passée sur la scène de la Kulturfabrik
 
 
 

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About the author

Paulo Lobo

Paulo Lobo est né au Portugal, à Baixa da Banheira, en 1964. A l’âge de six ans, ses parents émigrent au Luxembourg. Très jeune, il se passionne pour la photographie et se forme à cet art en tant qu’autodidacte. Depuis 2007, il est rédacteur en chef et photographe pour le magazine Wunnen. En parallèle, il a réalisé plusieurs expositions individuelles et collectives. Depuis 2005, Paulo Lobo tient également un blog intitulé «Voyages en suspens», avec des écrits divers sur la culture, la photographie, le cinéma.