Le 'Kirchberg' kafkaïen du photographe Yvon Lambert

Un coup de coeur artistique

Ne ratez pas cette exposition du photographe luxembourgeois Yvon Lambert, à qui le Fonds du Kirchberg a commandé une mission de regard sur le quartier d’affaires. L’exposition est visible au LUCA - Luxembourg Center for Architecture jusqu’au 2 juin 2018.

 

Réalisées en 2015 et 2016 dans le plus pur style de la Street Photography, les images nous racontent les vibrations ressenties par l'artiste lors de ses déambulations à travers ce territoire qui a été intégralement façonné par la main de l'homme en l’espace de 50 ans. On s'y retrouve comme dans un rêve kafkaïen, dans un labyrinthe de verre, de métal et de pierre, ponctué de rues, de parkings, de zones vertes, de places publiques d’une minéralité criarde. Ici et là, des êtres humains meublent ou traversent les lieux comme s'ils étaient des figurines d'architecte ou d'entreprise. Presque toujours encerclés, englobés, intégrés dans un tissu géométrique tracé au cordeau. Dans cet univers ultra-calibré, chaque chose est à sa place, ni plus ni moins, chaque millimètre est aménagé, rationalisé, contrôlé. Tels des oiseaux dans des cages en verre, les humains se rapprochent autant que possible des lignes de frontière, des espaces qui leur sont assignés. Se contentant de modestes échappées, scrutant leurs portables ou le ciel qui les domine, ils semblent résignés à leur fonctionnalité et agissent de façon presque mécanique, comme si tout geste hors-programme leur était prohibé.


L'exposition qui se déploie au 1er étage du LUCA - Luxembourg Center for Architecture est très bien structurée, se divisant en deux parties, l'une rassemblant les épreuves noir et blanc et l'autre celles en couleur. Les images se déclinent en différents formats et offrent une expérience à la fois graphique, sensorielle et émotionnelle. Photographiant exclusivement en argentique, Yvon Lambert soigne avec précision et amour la qualité de ses tirages, ce qui procure aux images une profondeur et une texture incomparables. Son regard sur le Kirchberg est un mélange de curiosité, de réflexion et d'espièglerie. S'il est attentif aux architectures et aménagements, c'est pour mieux y déceler la présence humaine, auscultant les attitudes et interactions des "usagers" des lieux, développant en filigrane un commentaire sociologique lucide mais non dénué d'humour et de tendresse. Evitant tout exercice virtuose, il joue avec la lumière, le cadrage, la composition et la conjugaison miraculeuse de l'instant, pour créer des images à la fois limpides et riches de plusieurs strates, empreintes de mystère et de poésie et qui semblent devenir plus fortes à mesure qu'on les regarde.   

 

POUR INFO: Il est également possible d'acquérir sur place le très beau coffret de deux livres publié par le Fonds du Kirchberg, l'un réunissant les images en noir et blanc et l'autre celles en couleur de l'exposition. (prix de vente : 48 €)


Exposition du 27 avril au 2 juin 2018
Lieu: LUCA - 1, rue de l'Aciérie
L-1112 Luxembourg
Heures d'ouverture:
Mardi-Mercredi 11h - 17h
Jeudi 11h - 18 h
Vendredi 11h - 16h
Samedi 11h - 15h
www.luca.lu
www.fondskirchberg.lu

About the author

Paulo Lobo

Paulo Lobo est né au Portugal, à Baixa da Banheira, en 1964. A l’âge de six ans, ses parents émigrent au Luxembourg. Très jeune, il se passionne pour la photographie et se forme à cet art en tant qu’autodidacte. Depuis 2007, il est rédacteur en chef et photographe pour le magazine Wunnen. En parallèle, il a réalisé plusieurs expositions individuelles et collectives. Depuis 2005, Paulo Lobo tient également un blog intitulé «Voyages en suspens», avec des écrits divers sur la culture, la photographie, le cinéma.